La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LA REYtJE PHILOSOPillQtJE ET LÈ SOCIAL!S)lE 1:-iTÉGRAL 720 Quant aux œu,TCS philanthropiques de la grande industrie, elles n'ont été insr,irécs le plus souvent que par la préoccupation de l'intérèt bien entendu; elles s'accompagnent ordinairement de l'absence complète pour l'ouvrier de toute liborté politique et de toute indépendance personnelle. C'est la chaine avec un morceau de pain. On cite les compagnies ou les grandes maisons qui ont fait quelque chose. Combien serait longue, interminable la liste de celles qui n'ont rien fait. l'ious arrirnns enfin à la dernière des critiques qui sont adressées au parti socialiste. On l'accuse d'ètre tiède dans son patriotisme, on accuse surtout les syndicats ourriC'rs en luU,c avec leurs patrons d'accepter trop facilement les secours pécuniaires de l'étranger et de sacrifier ainsi ù leur intérêt particulier et étroit l'inlérèt général de l'industrie française. Admettons pour un instant qu'il y ait dans un tel acte une fauté graYe. Plaçons le patriotisme comme un devoir rigoureux, s'imposant à tous avec un caractère d'obligation absolue. Il reste ù saYoir qui a donné l'exemple, qui a commencé à faire prérnloir l'intérêt particuliC'r sur l'intérèt national. Est-cc que les emprunts italiC'ns souscrits presque entièrement en France et facilement couYerts par les capitalistes français ne dcrniC'nt pas servir à fondre des .:anons contre nous? Après le traité de Francfort les produits de l'industrie allemande ont commencé lïnrnsion pacifique de la France et je ne crois pas que les gros commissionnaires en marchandises, que les courtiers, que les négociants en gros on les petits détaillants aient refusé avec indignation les bénéfices procurés par ces affaires. Les compagnies de chemins de fer de notre pays ont favorisé, par des tarifs spéciaux, l'entrée en France de bien de produits qui font concurrence aux nôtres. L'un vend ù l'{itrangcr le droit de fabl'ication de certains explosifs aussi nouveaux que redoutables; un autre fabrique pour le compte de l'armoc française des obus en acier chromé, dont la supériorité est prouvée, mais ne tarde pas à faire participer libéralement les armées étrangères ,'t la vente de ces engins. Les patrons français hésitent-ils ù employer de préférence des ou,Ticrs italiens, belges ou allemands qui Yicnnent s'offrir à meilleur marché. Ont-ils songé qu'en agissant ainsi, ils favorisent l'infiltration d'une foule hostile etjalouse qui, après avoir n\cu sur nous et pratiqué l'espionnage, reviendra les armes à la main. Et les ouHiers français privés de leur salaire, rendus misérables, restreignant le nombre de leurs enfants, sont peu ù peu remplaces sur le sol natal.

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