La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

L.\ Ü;GE:-.DE DF. \ïC'TOR IICGO îlO cortl,ge de bourgeois, aussi nombreux, ne l'aurait pns accompagné nu Panthéon: :\I..Jnlcs Ferry, lui souhaitant sa ft;tc, dC'ux ansarnntsa rnorl,nC' l'avait pns snlné du nom de :\lailrC'.Si Yictor IIng-o avait fait de cette poliliquC' de casse-cou, il serait sorti de la tradilio11 bourgeoise. Car la cnract<'.•ristiquc de l'é\'olulion politique dans les pnys ciYili~és. est de dl'.•barrasscr la poliliquC' des dang-ers qu"elle présentait et des sacrifices qu'elle exigeait autrefois. En Francr, en AnglclC'rre, aux Etats-Unis les minisiresau pournir et les élus ù la Chambre et aux Conseils municipaux, ne se ruinent plus, mais s·cnrirhis;;cnt: dan. CC'Spays on Il<' condamne plus dC'sministres pour tripotages boursicotiers, ma!Ycrsations financières et abus <lepou\'oir. La responsabililé parlemcnt:lirc couHe leurs fautes et IC's protège contre toute poursuite. La France républicaine a donné un mémorable exemple de cette politique raisonnable et agréable le jour qu'elle élern au rang de s(•natcurs :\DI. Broglie et Buffet, pour les consoler d'arnir échoué dans leur tentative de coup d"Etat monarchiste. - La politique parlcmrntairc est une carrièrC' lucrative; (']le n'offre aucun des risques p1•cunicrs du commerce C't de l'industrie; un petit capital d'élablisseme11t, un peu de bagout, un brin de chance et braucoup d'rntrcgrnt y assurent le succès. Hugo ne connaissait qne celle poliliqur positiYe. Dl•s quïl se conrninquil que l'rxistencc ùe l'empire était assurée pour un long temps, il éh'ignil ses foudrcs_jusliciardcs et concentra tou le son aclil'itl'.• ù son commerce d'adjPclif:;; et de phrases rimées et rythmées. Il a mit dans son avcuglC' emporlPrnrn t lancé des déclarations si catégoriquC's, et pour son malheur clics curent un rcte11liss('- mentsi considérable; il avait marqu{· IC'shommes du coupd'Elat de vers si cuisants, quïl était impossible de les faire oublier: il lui fallut rester républicain et renoncer à la politique; il jugea quïl Yalait mieux accepter braYcmcnt le rôle de martyr de la R(•publiquc, de victime du dcrnir. Le rùle séduisait sa vanité. S'il n'était ras nt'.· dans une ile, ainsi que ;\"apoléon, il allait vivre exilé dans une ile, ainsi que lui. Imiter l'iapolfo11, devenir le l'iapoléon des IC'ttres, berça l'ambition de toute sa vie. Les proscrits coudoie11t tou tC's les misères, disait le gra ad Florentin; mais Hngo avait plus d'intelligence que Dantr. Avec un art que n'{•galajamais Barnum, il fit de l'exil la plus retentissante des rt'.·clamcs. L'exil {•tait l'enseigne criarde et aveuglante accrochée ù sa bouliq uc de librairie de Uautc-Ville House. Les rois ne l'avaient pensionné q'ue d'une somme de 3,000 francs; sa clientèle bourgeoise lui valait cinquante mille francs par an. Il n'avait pas perdu au change. Il trouva que l'Empire avait du

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