392 LA REVUE SOCIALISTE siècle qui s'achève n'emporte pas seulement avec lui l'histoire écoulée d'un cycle de cent années ... C'est un âge qui finit, tout le monde le sent, et, comme aux dernières années du xnu• siècle, il se fait partout, dans tous les milieux, dans tôus les esprits, un travail de transformatioe, dont l'activité augmente à tout instant. Les vieux moules sociaux et politiques sont brisés, leurs morceaux disjoints ne sont plus qu'à peine assemblés; que sera le moule de la société nouvelle? Voilà la question qui agite l'univers (1) ~. La manifestation du l •• mai, instituée, comme je l'ai dit plus haut, par le Congrès international de Paris en 1889, est une des expressions multiples dans lesquelles s'arnrme « le travail de transformation >> signalé par l'orateur catholique; et la France ne peut échapper à l'obligation d'apporter sa part contributive, dans l'œuvre <lesefforts communs appliqués à la solution du grand problème qui se dresse, devant les peuples de l'occident,· à cc tournant d'histoire que nous venons d'atteindre. Si la France restait indifférente à la genèse laborieuse du monde des justices nouvelles qui agite tous les autres pays, c'est que la France, désormais stérile, serait irrémédiablement engagée dans la mie des régressions, au bout de laquelle, les peuples finis, épuisés, tombent pour jamais dans le néant de l'histoire. Car les peuples ne vivent et ne se fortifient, qu'en raison de la somme d'efforts qu'ils apportent à l'œuvrc commune du progrès humain. Au cours de ces vingt dernières années, la contre-révolution, qui a pris à cœur de détacher la France de toutes ses traditions glorieuses, a pu enseigner, dn.ns les chaires de nos universités, peuplées de ses créatures, une doctrine contraire; affirmer que notre pays s'était épuisé à la poursuite des utopies cosmopolites et des rêves humanitaires, pour lesquels, en pure perte, dit-elle, il a versé son sang sur les champs de bataille de l'Europe. Cette renonciation du passé, cette abdication de la France initiatrice, qu'on inculque à notre génération, ne prévaudront point contre le témoignage de gloire, de puissance matérielle et morale, de rayonnement intellectuel et politique, qui ont fait la grandeur et la prosp6rité de ce pays, à la fin du xv111•et pendant la première partie du x1x0 siècle. L'aveu s'en est échappé des lèvres de notre plus implacable ennemi. M. de Bismarck, en 1887, ne rappelait-il pas au Reichstag de Berlin qu'il y a des« forces impondérables », dont il faut tenir compte; que les id6es de justice et de progrès, dont la France fut l'invincible propagateur, ont été les éléments de notre suprématie, autant que la force de nos armes! (1) 11. tle Mun, Association catholique de janvier 1891; pp. 30-31.
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