LA BANQUE DE FRANCE 315 III ROUTINE FINANCIÈRE. L'espace que m'accorde la Revue est trop étroit pour que je puisse aller au fond de toutes les questions soulevées par le renouvellement du privilège de la Banque de France. Je n'ai pu, il est vrai, éviter de m'étendre, pour démontrer que l'institution était inutile à la grande masse commerciale (à fortiori à l'agriculture, dont je n'ai pas parlé et qui est absolument trahie et ruinée !) - car je voulais que le lecteur s'accoutumât à ne plus considérer nos critiques comme étant des éno1·mités; mais maintenant je vais pouvoir synthétiser davantage mes observations. Un mot tout d'abord sur le billet de banque, dont peu de personnes connaissent le véritable rôle. On croit communément que le billet doit être la représentation d'un métal emmagasiné, et cette erreui· a été propagée par les agioteurs internationaux, qui trafiquent principalement sur l'or. IIé bien, il n'en est absolument rien. Proudhon l'a dit bien avant moi et d'autres aussi, le billet de banque ne doit représenter que le portefeuille de l'escompte; aussi jamais il ne devrait arriver que le total de ce po1·tefeuille soit inférieur au total des billets émis. Le véritable rôle du billet de banque consiste à substituer la responsabilité collective à la responsabilité individuelle des souscripteurs et endosseurs. Le billet de banque est un effet de commerce endossé par la totalité des commerçants; c'est un eITetà un million de signatures, résumées pratiquement dans un seul mot: la Banque de France. Peu importe qu'un ou plusieurs effets demeurent impayés; c'est une quantité négligeable par rapport à la masse. Quand, sur 10 milliards d'efTets escomptés, 10 millions resteraient impayés, ce ne serait jamais que la millième partie du tout, et le risque réparti sur chaque eITet, de 1,000 francs, par exemple, ne serait plus que 1 franc par effet. Hé bien, l'escompte seul couvre plusieurs fois cet écart éventuel et, après lui, le capital de la Banque qui ne devrait pas être autre chose qu'une simple 1·éserne, non susceptible de porter intérêt. Donc un bonaupol'tew·, valant autantde signatures qu'il existe de sousc1·ipteurs et d'endosseurs sur tous les eITets escomptés, voilà ce que doit être le billet de banque. Au lieu de cela, qu'est-il? Le bilan du 12 février 1890 nous l'apprend :
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