LE MINISTÈRE DU TRAVAIL 27i impose des cultures supplémentait·es. Si la récolte est bien venue, l'administration en fixe elle-même le prix, et si la plante est atteinte de la grêle, le vérificateur ordonne l'enfouissement immédiat de la récolte, sans aucune compensation. Le cultivateur qui, plus heureux, a eu sa récolte acceptée, n'est pas au bout des formalités : Il doit emmagasiner les produits dans un séchoir agréé par l'administrateur et les disposer suivant l'avis du vérificateur. Ce fonctionnaire a le droit d'entrer dans les séchoirs et d'ordonner telles mesures qu'il juge convenable pour hâter ou retarder la dessiccation suivant les cas; j'ai vu fréquemment, pendant les saisons humides, le représentant ordonner le brossage des fouilles, feuille par feuille, et le cultivateur s'y prêter sans murmure. Enfin, après dessiccation, les feuilles sont paquetées et emballées, d'après les ordres du vérificateur, en colis de poids et de dimensions déterminées. L'époque de la livraison est fixée par l'administration. Les tabacs sont portés à la manufacture désignée au jour et à l'heure précis ; le classement par qualité est déterminé par une expertise de culti\'ateurs nommés par l'administration; chaque qualité est payée d'après un tarif administrativement établi sans aucune participation des cultivateurs; si les produits sont trop défectueux, le propriétaire a pour toute consolation de les Yoir brûler (1). A l'énoncé de ces tracasseries administratives, on pourrait s'imaginer que l'Etat a peine à trouver des adjudicataires. Il n'a, au contraire, que l'embarras du choix. Il n'est donc pas vrai que les paysans soient si opposés à l'intromission de l'Etat dans les travaux agricoles, si cette intromission doit favoriser et régulariser les rendements annuels. Bien entendu, il ne s'agit pas ici d'approuver les autoritaires et quelquefois iniques procédés de la bureaucratie bourgeoise chargée de l'administration des tabacs. On a simplement voulu signaler que les paysans·ne sont pas si hostiles qu'on veut bien le dire à l'organisation du travail, puisqu'ils l'acceptent avec empressement dans une forme si imparfaite. Deynaud termine son étude sur cette question par ce parallèle ingénieux. En système capitaliste, le service public des tabacs a pour conditions et pour conséquences : Domination autoritaire de la science; Renonciation volontaire au droit d'abuser de la propriété; Domination de la loi de l'offre et de la demande par une production raisonnée, calculée dans ses qualités et dans ses prix de revient et de vente; Consolidation du crédit de l'Etat; (1)S. DEYNAUD: Un ea:emple de mauoai3 colleetioi!me dans la Reoue sociaZiate du 15 décembre 1~.
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