V LE PEUPLE RUSS!<: ET SON GOTJVERNE)IENT i7 « Seize des ouvriers sont logés dans le magasin même, derrière les armoires, dans un sombre réduit où il y a à peine place pour quatre personnes ; les autres couchent da~s le fournil, dont le plancher est balayé tout au plus une fois par semaine. Au moment de l'inspection, les punaises se promenaient librement sur la iable de pétrissage où l'on place les pains au sortir du four. » Le propriétaire de l'établissement fut frappé de la plus forte amende, soit de 60 fr.; mais il s'en moqua et ne changea rien à ses habitudes. Dans telle boulangerie de Moscou, après le trai;ail de la journée, les ouvriers n'ont aucune place pour se reposer ; ils dorment là où ils se trouvent. daus le fournil. Le magasin se fermant tous les soirs du côté de la rue et de la cour, ils doinmt satisfaire à leu1·s besoins dans une auge qui se trouve à côté llu pétrin. Examinons maintenant comment les ouvriers se nourrissent. En général, autrefois, la fab1·ique introduisait dans le contrat d'enrôlement une clause d'après laquelle les ouvriers devaient se fournir à la fabrique elle-même de toutes les denrées indispensables. Le gouvernement, qui a moutt·é dans ces dernières années, il faut lui rendre cette justice, beaucoup de sollicitude pour les ouvriers, a récemment défendu cet abus. Un tel système àe fourniture pourrait sans cloute être clans l'intérêt de l'ouvrier, en lui épargnant l'obligation de passer par les mains des détaillants, et en lui offrant les avantages de l'achat en gros; mais il faudrait pour cela que les patrons eussent <l'autl'es mobiles que la cupidité. Or, les ouvriers' étaient obligés de payer à l'usine la mauvaise marchandise qu'elle leur livrait plus cher qu'ils n'en auraient payé de bonne au marché. Pour qu'on puisse se représenter jusqu'où allait l'inhumanité des patrons, je citerai les exemples suivants : D'après M. Abramoff, clans une compagnie forestière d'Onéga, on a nourri les ouuiers pendant plusieurs mois avec de la farine renfermant plus de 5 p. 100 d'ergot. Dans une fabrique du département de Moscou, la commission sanitaire trouva 8000 kg. de viande salée en décomposition, destinée à nourrir les ouvriers. A Ekaterinenbourg, un industriel offrit ses services gratuits pour débarrasser les magasins militaires du gouvernement de 9600 kg. de mouton 8alé, condamné par la commission de sun,eillance ... Et ses services furent acceptés ! Dans le département <leMoscou, le fabricant Elaguine ven<lit à ses ouvriet·s 6400 kg. de lard putt'éfiê à un prix très élevé; plusieu1·s protestèl'ent et furent naturellement congédiés; les autres, au 2
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