LE PEUPLE: RUSSE ET SON GOUVERNE~IENT 197 de la gendarmerie. En second lieu, ils réclament la suppression des mesures d'exception, afin de sauvegarder par la publicité des jugements les droits de l'individu, inclignement foulés aux. pieds par los autorités; la suppression de la censure, afin d'assurer par la publication des abus l'exécution des lois, méprisées la plupart du temps par les employés impériaux. eux-mèmes; enfin, la suppression des entrayes apportées à l'action de la justice contre les fonctionnaires qui se renctent coupables de préYarications, de concussions, d'actes arbitraires, de négligences, d'abus rle toutes sortes. Impossible d'être plus honnête et plus modeste clm1s es exigences; c'est la assurément le mi_nimum do ce que tout homme raisonnable, qui se respecte et qui aime son pays, peut et doit demander. N'est-il pas triste de pen ·er que tout cela aurait pu se réaliser par cleux.fois d6ja et être aujourd'hui un fait accompli rlepuis Yingt-ciuq ans, ou tout au moins depuis huit an ? Alexandre II avait enfin compris la situation; il ayait reconnu la véritable nature du mal tgti ronge la Russie : le nihilisme n'était qu'un symptôme, une conntlsion, un déliee passager; la maladie chronique, profonde, la naie, c'était l'arbitraire bureauceatique érigé en institution gouvernementale, le silence et l'inaction imposés à tc,utes les forces intellectuelles du pays, y compris les zemstvos, qu'il avait lui-même créés; et, entouré d'un nouveau trium,·irat d'hommes distingués, aux idées larges et libérales, dévoués au trône et au pays (Loris Mélikoff, Abazà et D. Milutine), il s'était remis résolument à l'œuv1°e. Il était du reste entraîné par un nom·eau réveil rle l'opinion publique, qui acquieet quand mème en Russie une iniluence do plt1s en plus considérable; sa foi en la solidité de l'édifice bureaucrato-milit.aiee était ébt'anlée aussi, comme celle de son père, par le désordre et les abus inimaginables qu'avait mis on éYidence la guerre de Bulgarie, et qui ne le cédaient en rien a ceux qu'on découvrit lors de la guerre de Crimée (1). Le manifeste était peêt; le matin du dimanche l••/13 mars 1881, avant de partir pour la revue dont il ne deYait revenir qu'expirant, Alexandre II dit a sa femme : « Je viens de signer un papier, qui, j'espère, sera bien reçu, car il apprend à la Russie que je lui accorcle tout ce qui m'est possible. » Et, selon son habitude dans les circonstances solennelles, il fit le signe de la croix et ajouta : « Dümain, ce sera publié, j'en ai donné l'ordre. » Le tex.te officiel était à l'imprimerie au moment où le tsar expirait. Dans la confusion qui (1) Voir, dans la Reoue historique (Rousskaia Starina, 1~87) _la pal'ti_c des mémoires du général Zotoff sur la campagne des Balkans qu un~ rnattention c~e la censure a laissée paraît1·e. La suite en a été naturellement dcfendue ... mais on peut s'en passer!
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