PRINCIPES ET TENDANCE8 DU SOCIALISME CONTEMPORAIN 139 La réponse affirmative est basée sur le fait que nous sommes à un moment cyclique-de la guerre des classes. Les temps sont venus pour le prolétariat, quatrième et dernière classe, de faire son entrée en souveraine sur la scène du monde pour mettre fin à la lutte des classes, à l'exploitation de l'homme par l'homme et à toutes les dépressions, iniquités et souffrances qui eu dérivent. Pour hâter cet avènement du prolétariat chargé d'instaurer une civilisation supérieure, il faut quitter les sentiers enchanteurs, mais pleins de mirages trompeurs, du sentimentalisme humanitaire, se défaire du simplisme métaphysique, qui prend la partie pour le tout, sans nul souci du devenir tendanciel des choses. D'après cela, il tombe sous le sens que le socialisme moderne ne cherche ses arguments que dans la science, dans l'histoire et da.us une pénétrante analyse du processus économique. Dans cet esprit consultée,l'histoire (1) montre au novateur la civilisation oscillant ou se développant sous l'action toute-puissante de successives dominations de classes; la caste théocratique et la caste militaire se disputent le pouvoir et la richesse pendant de longs siècles. Puis, en Grèce et à Rome, les plébéiens entrent en ligne, arrachent quelques avantages aux patriciens tout-puissants; mais tout s'effondre après l'instauration du christianisme suivie des invasions barbares. Prêtres de la religion nouvelle et seigneurs frais émoulus des pillardes hordes germaniques s'entendent pour rapiner en grand; ils se partagent la domination et l'exploitation des masses populaires asservies, spoliées et martyrisées. Les spoliateurs sont tout et leurs victimes rien (2). Le nouveau règne des deux classes dominantes dura légalement près de quinze siècles, c'est-à-dire jusqu'à la Révolution fi·ançaise; mais il avait reçu bien des atteintes et subi bien des diminutions dans l'intervalle. La bourgeoisie, ou troisième classe, ou mieux enco1·e Tiers-État, s'était, dèsle xr• siècle, par la fondationde Communes,affirméecomme classe d'opposition et de progrès. Bientôt (1176) elle fut assez forte pour pattre dans les plaines de la Lombardie (3) Frédéric Barberousse, le chef suprême de la caste noble, et pour mettre hors d'atteinte les puissantes Républiques ou Communessouveraines, de Venise, de Gênes, de Pise, de Gand, de Bruges, de Brême, de Ham- (t) Dans la démonstration qui suit, on n'a emprunté au marxisme que l'idée générale, l'auteur est seul responsable du choix des faits historiques invoqués. (2) L'évêque Adalbéron, dans un poème latin adressé au roi Robert, ne connaît que deux classes dans la société: les clercs qui prient, les nobles qui combattent. Au dessous, bien loin, sont les serfs et manants qui travaillent, mais ne comptent pas. (3) Bataille de Légnano.
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