La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LE CLUB DE r:AnT SOCIAL 105 même, ne doivent dédaigner ces grandes sciences humaines el sociales. S'ils en enrichissent leur acquis, soyez certains qu'inconsciemment leurs œuvres en porteront l'empreinte. Rien ne se perd, si rien ne se crée, et ce que donne le livre, l'ArLle recueille bientôt. Quant au littérateur, plus que jamais il doit chercher le Beau dans les sciences, et dans l'une des plus hautes, celle qui étudie l'être ou le mécanisme social. Je dis et je crois que l'écrivain d'aujourd'hui devrait réunir des connaissant:es presque universelles. La littérature se fait de plus en plus psychologique. Or, la psychologie est un anneau de la grande chaine scientifique, un des sommets du concept humain, et la sociologie, la biologie, nées d'hier, lui apportent des lois nouvelles, des corollaires inattendus. Riez, mais riez donc avec moi, de ces psychologues qui n'ont jamais ouvert un ouvrage de physiologie! Ils prétendent connaitre l'homme et lire en lui comme à livre ouvert, et ils ignorent qu'à telle excitation nerveuse correspond cette grimace du facies, ils sont incapables de connaître au plissement si curieux des commissures maxillaires, reste infime des férocités primitives, le dépit dissimulé sous le sourire, le dépit qui voudrait mordre et n·est plus obéi; ils ne se sont jamais demandé ce qu'est cette convulsion du diaphragme qui cause le rire - produit social, - et cette poussée sanguine qui, rouge, dit la honte, incarnate, dit la surprise, et rose dit la pudeur. Et ces mêmes psychologues qui s'imaginent peindre la société sans se donner l:1 peine d'en étudier le mécanisme, d'en retrouver l'âme philosophique à travers les temps! Au Club der Art social, nous étudierons la physiologie; au Club de l'Art social, nous étudierons la sociologie. Je me dis que ce n'est pas sans une signification très haut.e que des romanciers, des poètes-en majorité des Jeunes - soient amenés à cela. Cette évolution très nette du petit nombre d'artistes non stérilisés par les préjugés romantiques - lesquels font de l'artiste une petite bête à part, très inutile et très agaçante - était si bien « dans ,l'air » quand nous vint l'idée du club, qu'aussitôt, comme par enchantement, ont surgi les adhérents. Nous sommes convaincus que notre club prospérera, par la force des choses. Pour le moment nous nous contenterons d'être un groupement d'hommes résolus au bien, tâchant à s'orienter vers un but encore mal défini. Les socialistes ont applaudi à nos intentions avec un empressement de bon augure, et cela devait être, car ils sont très à mème d1en percevoir les prochains résultats po1:sibles: dispersion de l'idée sociale, affinement des aspirations collectivistes, préparation des esprits au grand choc qui va briser le moule social actuel. L'Art apportant sa sanction au socialisme, sera d'autant plus un appoint pom celui-ci, qu'il échappe presque

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