LE Tfü\NSFORl\lI~ME F.T L'ÉVOLUTIOS SOCfALE 73 C'est dans cet avenir, hélas! encore lointain, qu'on pourra voir se réaliser cette espérance, de tous ceux qui rêvent une humanité libl'e et heureuse : la lutte pour la vie, faisant place à l'aide pour la vie; la solidarité mise à la place de la concurrence Yitale. L'ère démocratique est ouyerte; pour la fermer il faudrait supposer que l'humanité püt périr de mort violente, et que les nations civilisées pussent s'écrouler, clans un de ces prodigieux effondrements, semblable à celui qui a englouti l'Atlantide. N'envisageons pas cette éventualité. La lutte pour la vie, malgré son âpreté, n'a pu empêcher le déyeloppement rle quelques sentiments moraux, rléÎ!niti\·ement acquis à notre espèce et qui surnsent pour assurer l'avenir. « Liberté, égalité, fraternité» ne sont pas de vains mots, n'ayant ,le sens que pour ces passionnés de l'humanitari ·me, qu'on a si longtemps regardés comme des faibles d'esprit, ou des fous dangereux. La deYise répuplicaine s'est infiltrée dans le plus profond des couches sociales et nous pouvons être assurés qu'elle y germe. L'idée clejustice s'est démocratisée, on ne comprend plus une justice spéciale, appliquée à certaines catégories et refusée à d'autres; • les dénis de justice proyoquent aujourd'hui des indignations inconnues autrefois. Il faut que toutes les tyrannies, toutes les ambitions, toutes les convoitises se dissimulent derrière une apparence de droit. Un Bismarck quelconque, ayant de chel'cher une querelle d'allemaml, commence toujours par s'assurer d\m prétexte, qui le mette à l'abri de la réprobation générale. Le temps n'est plus, où un despote pouvait en dévorer un autre et son peuple avec, sans autre i·aison que de satisfaire une Yengeance ou une ambition. Les nat.ions suivent encore, c'est vrai; mais elle commencent a exigel' qu'on leur dise un peu où on les mène. Derrière les théories de Malthus ou d'Hœckel, il y a peut-être d'autres conclusions que celles qui ont été tirées, et surtout d'autres applications que celles qui ont été faites. Hœckel nous dit que la lutte pour la vie est fatale, et que les groupes qui sont hors d'état de se défendreou de s'adapter aux groupes vainqueurs,sontdestinés à disparaître. Soit! - C'est la déduction scientifique dans toute sa glaciale rigueur. - Mais si on cherche quels adoucissements on a essayé d'apporter, à cette lamentable absorption des faibles - Que trouvet-on? - Rien. - On ne s'est pas mis en quête de moyens pratiques, pour faciliter l'adaptation des groupes; on ne s'est pas demandé si la lutte entre les groupes humains, était une nécessité de la vie et si ce n'était pas assez pour l'humanité de prendre toute la place, sans encore satisfaire sa faim dévorante, à la manière d'Ugolin, en mangeant
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