692 LA REVUE SOCIALJSTE contre nous, et vous voyez que quelques-uns refusent de déposer pour moi selon la vérité. » Mais la plus complète expression de ce que peut devenir la dignité • de l'homme et la liberté du citoyen dans un pays capitaliste nous est fournie par M.E. Durranc, un publiciste très distingué et dont la véracité ne peut être mise en doute par ceux qui connaissent son talent si précis et consciencieux. Il s'agit d'une commune qui est en même temps propriétéprivée et dont le maire, qui est enmême temps l'unique propriétaire, a ((matériellement la clé dans sa poche (1) ,,. <c Cette commune, dit M. Durranc, existe dans le départementde !'Hérault, sur les bords d'une riYière qui s'appelle la Dourbie et dont les eaux mettent en mouvement une importante fabrique de draps. La fabrique est la propriété d'un M. Jules Maistre, qui n'est pas un méchant homme et dont.je parlerai tout à l'heure, parce qu'il a réa• lisé, au milieu de notre France, régie par des lois civiles et en possession depuis des siècles de ses fonction· communales, l'organisation de la société et du travail chrétiens, tels que les entendent M. de Mun et les cercles catholique~. « L'usine est entourée de terres encloses elles-mêmes de hautes murailles. De tout temps, les ouvriers travaillant clans cette agglomération de Villeneuvette (c'est le nom de la présente commune) y ont trouYé, pour leur existence, provisions, médecin, pharmacien, ecoles, chapelle, ce que M. Gorlindonnait à son Familistère de Guise. Le patron de l'usine est un philantrophe catholique qui n'est pas ennemi du peuple, à condition que le peuple se lai se régenter. Donc, il logeait ~onmonde, il le nourrissait, il lui arrangeait sa vie, mais il fallait, le soir, à l'heure du beffroi, que chacun fût rentré dans VilleueuYette, comme des soldats au quartier après la retraite. Il est probable aussi qu'on ne gardait pas longtemps les ouvriers qui, le dimanche, ne fréquentaient pas les offices. « C'était d'ailleurs, l'affaire des uns et des autres, la liberté du contrat restant entière, au moins en apparence. « Mais un beau jour, Villeneuvette qui jusque-là avait dépendu, au point de vue municipal, du chef-lieu du canton Yoisin, s'est trouvée de taille à être érigée en commune. Le ministère de l'intérieur lui a accordé son autonomie municipale, et le propriétaire ùe l'usine s'est empressé de faire construire une mairie à ses frais. Mais il a oublié de démanteler sa propriété et d'abattre les murs. Naturellement il est maire, étant le maître de tout. Mais l'écharpe municipale n'est qu'un vain ornement ajouté à son omnipotence de propriétaire. Et, commepar le passé, le pont-levis se lève tous les soirs à neuf heures aux portes de la propriété devenue commune. Des (1) Journal le Radical du 1er septembre 1889.
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