La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

ÉTTENNE DOLET 31 plupart ne l'abantlonnèrent jamais; ses relations aYoc Joan cleBo.rssone, ayoc Finet, avec Cottet·ea.u,ayec Jean de Pins, Bording, et tant d'autres, on sont la démonstration éclatante. Quelque. -uns de ses amis le répudièrent, il est nai, comme Clément Marot et Rabelais (L),ap1·èsl'avoir eu en hau·te estime, et aYoit·Yanté ses talouts. Ce fut souvent pour des intéeèts particulie1·s. On s'est servi contre lui, sans examiner impartialement qui avait 1·aison do lui ou clc ceux.qui le quittaient. La t·econnaissance qu'il a toujours témoignée Yis-à-vis des maîtres qui aYaient contribué a développer ses connaissances littéraires et philosophiques, n'est pas chose si commuuc qu'on ne puisse l'évoquer encorè en sa fayour. Dolet avait un esprit tolérant, large et inclépen<lant... Dans ses épitaphes, clans ses poèmes règne une liberté d'allures telle qu'on lui revroche cle leur avoir donné un cm·actè1·0profane. A Toulouse, il affü-me la liberté de pensée, la liberté de réunion, la liberté d'association, la fraternité. Ses adversaÎl'os, catholiques et protestants, le dénoncent à qui mieux mieux.. Pout• les p1·emio1·s, c'est un luthérien, un impie; pour les socornls, c'est un athée, un libertin, comme on disait alors; un libre-penseur pou1·employer l'expression de nos jours. Voici l'opinion de Calvin : « Dolet et ses semblables, écrit-il, comme des Cyclopes, oot toujou!'s fas .. tueusement méprisé l'Evangile. Ils en sont venus à ce point de dômence et de fureut· que, non seulement ils ont vomi des blasphèmes exécrables contre le fils de Dieu, mais encol'e, quant à la question de l'àme, ils ont pensé qu'ils ne différaient en rien des chiens et des pourceaux (2). >> Dans ses poésies latines, et aillour:-:, s'il attaque .-igom·cusornont les membres du Parlement de Toulouse, il n'éparp;ne pas claYaniage les « sorbonicquoues » et. les moines ce qui n'est pas la ca1·actéristiquc d'un bon catholique. Un passap:emél'ito de vous êt1·0lu : « La race des encapuchonnés, ce bétail à tête basse, dit-il, a toujours à la bouche le refrain suivant : Nous sommes morts au monde. Et pourtant, il mange à ravir, ce digne bétail; il ne boit pas mal; il ronfle à merveille, enseveli dans sa crapule; il procède avec conscience à sa besogne vénérienne; en un mot, il se vautre dans la fange de toutes les voluptés. Est-ce là ce qu'ils appellent. ces révérends, être c morts au monde >. Il s'agit de s'entendre : Morts au monde, ils le sont assurément; mais parce qu'on les voit, ici-bas, fatiguer la terre de leur masse inerte, et qu'ils ne sont bons à rien qu'à la scélératesse et au vice 1 » (1) Piene Amy, intimement lié avec Rabelais, se sépara de lui et devint son accusateur. La liaison <leRabelais, philosophe sceptique à la façon de Dolet, avec Calvin, le fanatique réformateur, n'eut également qu'une courte durée. • (2) Calvin. Tractatus de scandalis, p. 90. - Tractatus theologicorum,

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