La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

ÉTIENNE DOLET 29 Dolet pensa qu'il lui suffisait d'êtl'e pendu, puis brûl0. Et se rendant aux. pieuses exhortations du bourreau, il eécita une co1n'te prièee, invoquant Dieu, la vierge mère et saint Etienne. Il avertit ensuite les assistants - toujour.- par crainte du retentum et soufflé par le bourreau - de lire ses livres avec circonspection, puis il fut pendu et ensuite son co1°psfut brûlé. III Dans maints écrits, Dolet ex.prime le pressentiment de sa mort. Elle est yenue bientôt, trop tôt pour les lettres, pour le déYeloppement de notre langue alors encore à son berceau et pour laquelle il faisait de si beaux. projets. Tous ceux. qui ont lu ses œuncs, étuclié sa vie, toute de traYail, sont unanimes a cet égarcl. Sa mort fut une grande perte pour les lettres. Pour bien se rendre compte de ce qui est ai't'iYé à Etienne Dolet, de la fayeur et de la défayeur dont il a été l'objet de la part cle François l"'",il conYient de jeter un coup tl'œil rapi<le sm· la politique de ce prétendu Père des lettres. Lorsqu'il était jeune, Yigoureux., p1·ospèi·e, il se moquait, aYec Marguerite, sa sœur, ayec Louise de SaYoie, cletoutes les superstitions, des bigots, des moines et des sorbonnistes. En 1522,Louise de Sa,·oie « remerciait Dieu de lui ayoir fait connaiti·e les hypocrites blancs, gris, noir· et de toute couleur», c'est-à-cl ire les moines. Cependant que de bûchers! Le syndic de la Sorbonne, le turbu- ·1ent et sanguinaire Béda, le conseiller et l'ami du président Lizet, ne rêvait que procès et que bûchers. Le Fadement s'empaeait avec bonheul' des victimes que lui em·oyait. la Sorbonne. En 1525 on brûle le premier des réformés, Pauyant, en JJlacede GrèYe. au son des cloches de Notre-Dame. Louis Berquin, non moins recommandable par ses vertus que par son sayoir, est exécuté le 22 auil 1520 sur la place Maubert. François 1°' oscillait tantôt vers la tolérance, tantôt vers le fanatisme religieux, suivant les intérêts de sa politique. suiyant l'état de sa santé, suiyant les influences prépondérantes du moment. Sa conduite em·ersDolet en est l'irréfutable preuYe. A-meJean de Pins, éYêque rleRieux.; ayec Pierre Duchàtel, éYêque de Tulle; aYec Marguerite de Navarre et Louise de SaYoie, c'est la tolérance, c'est le pardon. Avec le cardinal de Tournon,ayec le connétable de Montmorency, aYec le cardinal Duprat, c·est la guerre aux. réformés, la guerre à la libre-pensée. Sauyé par les premiers, Dolet est perdu avec les seconds. En 1535, des placards contre la messe·et !'Eucharistie sont affichès dans Paris. Un placard analogue est même .apposé à la porte

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