La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

CONGRÈS INTERNATIONAL AGIU.IRE 181 Finalement l'im.pôt sur la propriété non-bâti'e est descendu à 120.0C0.000, ce qui équivaut à l'exonération à peu près complète du sol, tandis que nos trois à quatre milliards de contributions et de droits fiscaux frappent le travail, frappent surtout les produits agricoles. Le but de la classe privilégiée est visible : Ce qu'elle veut, c'est l'exonération du, sol, parce qu'('lle sent, ou parce qu'elle sait, que cette exonération est la base de toute féodalité foncière ou financière. Du reste, on ne s'en cache pas, on l'avoue ouvertement. Depuis quelques .années, ·une campagne active a été enh'eprise par nos grands seigneurs fonciers et capitalistes, dans le but de faire complètement disparaître de nos budgets le peu qui reste encore de l'impôt foncier sur la propriété non bâtie. Le leader de cette campagne est M. Léon Say, le petit-fils de Jean-Baptiste Say, l'économiste dont :1estalents et la plume ont si puissamment contribué, par une accumulation de sophismes et d'erreurs économiques, à restaurer la puissance de la ploutocratie. En voyant l'âpreté avec laquelle le parti puissant et riche poursuit son œuvre machiavélique, on se demande si cette campagne n'est réellement que le resultat d'une erreur scientifique, si elle n'est pas plutôt l'expression d'un calcul savamment perfide. En Yérité, les classes riches ont tant à gagner à l'exonération définitive du sol, qu'on ·est presque tenté de douter du désintéressement de ceux qui se font les avocats d'un principe aussi funeste! II suffit, du reste, de suivre l'histoire de la propriété terrienne au x1x0 siècle pour démontrer que l'exonération du sol conduit fatalement à la grande propriété. A la faveur des dégrèvements successifs de l'imp'ôt sur la propriété non bâtie, le sol s'est concentré peu à peu aux mains d'une classe privilégiée, si bien qu'aujourd'hui le paysan qui cultive son propre fonds, ne possède que la dixième partie à peine de tout le territoire. Nous voilà donc loin de la fameuse légende de la démocratisation du sol français. II résulte des documents officiels qve sur 50 millions d'hectares de terres cultiva,bles dont se compose le territoire français, le paysan qui cultive son propre fonds n'en possède pas plus de 5 millions d'hectares. Tout le reste est aux mains (de la grande propriété, des communes et de personnes ètrangères a l'agriculture. C'est ce que j'avais déjà. démontré en aoùt 1882 dans un article publié dans la Philosophie positive, intitulé : <' Lè prolétariat agricole en France depuis 1789.d'après tes documents officiels.» Or, depuis cette publication, deux documents officielsd'une grande importance ont confirmé mes chiffres. Ces deu:x documents émanent : l'un du ministère des Finances, l'autre du ministère de l'Agriculture. En 1884, le ministère des Finances a publié pour la première fois

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