La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LOIS, ET PRINCIPES DU DROIT SOCIAL 149 X. - L'évolution du Droit et de ses applications dans le passé, la subordination de cette évolution à des conditions de milieu social, l'inévitable et incessante transformation du milieu social, l'inharmonie a chaque instant constatée par les moins clairvoyants de nos contemporains dans des faits ou phénomènes auxquels ne s'adapte par le Droit actuel; tout présage que l'évolution du droit n'est pas achevée, qu'elle se poursuit à mesure que les transformations sociales exigent des formes juridiques adéquat.es,et qu'elle se poursuivra autant que l'humanité elle-même durera. Est il donc permis de concevoir la plus prochaine forme que revêtira le Droit pou~ exprimer les rapports sociaux qui résulteront des plus prochaines transformations économiques, politiques et morales? Oui, et même on peut, par la notion du Droit futur, déterminer ces transformations économiques. politiques et morales à procurer aux individus plus de bien-être et plus de sécurité. Bien que dans son application le Droit émane d'un ensemble de faits donnés, il peut exister à l'état idéal dans le cerveau d'une minorité d'hommes plus conscients que leurs contemporains. Pour ceux-là, le vrai Droit n'est pas celui qui régit leurs contemporains, mais celui qu'ils prévoient. Leur pensée se prolongeant dans l'avenir le~ y transporte si réellement qu'ils ont une tendance à agir avec leurs contemporains comm~si le Droit idéal qu'ils portent en eux était déjà réalisé. Des esprits enfoncés dans l'analyse des phénomènes concrets, et devenus incapables de généralisation, dénient à cette avant-garde de l'humanité la possibilité de formuler le Droit idéal, le Droit des sociétés·futures. Les mêmes admettent cependant que nous pouvons remontir, même par hypothèse, jusqu'aux origines les plus infimes de notre animalité. Ils ne voient pas qu'interdire à notre esprit de se prolonger dans l'avenir, c'est nier le développement ultérieur de l'humanité, c'est arrêter pour jamais son évolution au moment où nous sommes. Un exemple démontrera l'inanité d'une telle prétention: L' adoucissement des mœurs, la multiplicité des relations internationales, la disparition des castes militaires, tout cela nous présage l'extinction finale de la guerre dans les pays arrivés à cet état de civilisation. Donc, on peut, ces données étant acquises, affirmer cet idéal : la suppression de la guerre. Or, n'est-il pas nécessaire, en présence de l'Europe armée jusqu'aux dents, d'affirmer hautement le Droit futur qui interdit aux hommes de s'entr'égorger, et n'est-il pas consolant d'être assuré ·que cet idéal se réaliserà et deviendra un jour le Droit actuel, en dépit des haines aujourd'hui renaissantes et des menaces d·extermination trop encouragées par ceux qui ont assumé la redoutable responsabilité de commander aux peuples !

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