La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

LE SOCIALI::iME El'.\ ESPAGNE 533 brnit, de quoi il s'agit en réalité; quelles sont les charges qui pèsent sur les préYenus, 'quels sont les c1·imes commis, Yoici ce que n'üus ayons trouYé et dont nous vous garantissons la parfaite authenticité. « Quelques mal.heul'eux faméliques ont Yolé dans une forme 300 réaux (75 francs), quelques sacs de blé et quelques livres de pain; et puis, dans une autre ferme,•ho1Teur! Yous ne le croiriez pas, ils ont volé... deux cochons.' Des anarchistes qui ont voulu manger gras au moins un jour. Tout cela serait fort amusant si ce n'était aussi triste. « La Yérité est que la misère est a son comble dans beaucoup de provinces et que le prolétariat espagnol, relié fln nombreuses fëdérations sociali::;tes,dont quelques-unes sont nettement révolutionnaires, enti-era en ligne à la première occasion favorable, pour :-auve1·les siens de la faim, du désP,spoiret de la mo1·t. « Pour avoir de l'argent d'avance, on délègue a la banque d'Espagne, ou a tout autre établissement cle crédit, le r-ecounement des impôts avec une petite commission de 5 a 6 010 tout compris, rnila pour l'économie. Les traYaux publics, canaux, routes, voies ferrées passent entre les mains d'une série d'agioteurs qui tirent chacun un bénéfice avant d'avoir un commencement d'exécution,en ve1·tude pots-de-vins plus ou moins directement reçus par les hautes personnalités influentes de la finance et de la politique. ~ Les remous coloniaux, les produits de douane, les mines, les domaines de l'État sont tous hypothéqués et le Trésor public empnmte a vingt et vingt et un pour cent. « Voila le bilan économique et moral que nous devons à cette gracieuse et bienfaisante restauration, pour la plus grande gloil'e de S. M. Alphonse, les Canovas Sagasta, Martinez Campos et compagnie, gloire de la patrie. « Enfin, nous voila peut-être au bout; l'émigration des travaillem·s eu Amérique, et en Algérie surtout, tend à s'arrêter; les plus solides, les plus forts, sont partis pour demander a un autre sol ce que leur refuse celui sur lequel ils sont nés. La mar<ltre ne les possède plus; mais ils restent, ceux qui n'ont pu ou voulu s'en séparer, ceux qui, sans rloute préfèrent mourir avec les siens; aussi les faibles, les infirmes, les vieillards, les femmes, les enfants, et ceux-la n'ont point de travail, et ces femmes et ces enfants meurent de faim. « Le tableau est navrant : rongés par la fièvre et par la phtisie, ils parçourent les champs desséchés, les villages déserts, les vill~s a moitié ruinées, implorant la charité, demandant aide et secours aux particuliers, aux sociétés philanthropiques, au gouvernement. Et voilà dix mois que cela dure; les particuliers ont été charitables, les hôpitaux sont pleins; mais cela n·est nullement suffisant, car le nombre augmente et le flot de la misère monte toujours.

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