LE SOCIALISME EN DANEMARK. 395 travailleurs éclaif'és, assurés réciproquement, reliés par l'intél-êt commun et par le sentiment fraternel purement humain. « Le dénouement est proche, la question est ainsi posée : La révolution se1·a-t-elle pacifique ou violente, sera-t-elle graduelle ou 1·apide?Et, à ces questions on ne peut répondre que : cela dépend des priYilégiés et des puissants. « Les travailleurs préféreraient naturellement une révolution pacifique et graduelle. C'est l'aveuglement des conservateurs qui a fait les insurrections violentes, elles ont été jusqu'ici peu heureuses, mais elles finiront bien par réussir; alors ce sera la grande réYolution émancipateice. (< En Danemark un dénouement pacifique est enco1·e possible; mais si l'on attend que l'orage éclate en Europe, il sera trop tard 1 ,. Lorsqu'il abordait la question sociale par ses côtés économiques, le 1·édacteur <lela Samfundets Reforme n'était pas moins pénétrant; aYec vigueur il rétorquait les sophismes habituels des économistes orthodoxes; les lignes suivantes en donneront une idée; « On dit : le capital est le meilleur ami clntravail, « Sans doute, il en serait ainsi, si l'ouvrier possédait le capital, mais il en est tout autl'ement; le capital est détenu par une classe p1·ivilégiée, pour laquelle il ne s'agit que d'acheter à aussi bon ma1·chéque possible et de Yendrn aussi cher que possible. La production ne serait que plus puissante et mieux ordonnée, si on n'avait pas toute cette classe de pat.rons, dîmant et opprimant les travailleurs. Et dans ce ca::;au moins le bien-être serait le fruit du travail entre hommes égaux dans l'atelier et devant l'échange des produits - l'échange étant rlébarrassé de tout parasitisme. « Les abus actuels tiennent au régime de salariat, car les prolétaires sont tributaires des industriels et des commerçants. Mais à leur tour ceux-ci le sont encore des gros capitalistes, ce qui aggraYe tout. Onnous parle de.libre concurrence, Yoyezce qu'elle a produit en France, en Angleterre et en Amérique : elle a augmenté la misère des ouvriers, cherchons ailleurs l'affranchissement économique. « Oui, dit-il encore, la grande industrie et le machinisme sont incompréhensibles, mais il n'en est que plus urgent de sauvegarder les intérèts des producteurs et cela ne peut se faire que par la possession collective de l'outillage ». L'argumentation est ü-réprochable; malheureusement le prou-:- dhonisme du socialiste danois l'empêchait d'être conséquent; il attendait tout de la mutualité ouvrière et repoussait l'intervention de l'État pour se conformer à la rétrogr/l,de, fausse et pernicieuse maxime de Proudhon : « Quiconque pour organiser le travail fait appel au capital ou au pouvoir en a menti ».
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